Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/605

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de posséder une minute mon adorable reine, sous la condition d’être pendu un quart-d’heure après, j’accepterois cette offre avec plus de joie que celle du trône de l’univers. Après cela je n’ai plus rien à vous dire ; il faudroit que vous fussiez un monstre de barbarie pour me refuser au moins un peu de pitié.

L’ambition ni la fumée ne touchent point un cœur comme le mien ; j’avois résolu de passer le reste de mes jours en philosophe dans une retraite qui s’offroit à moi ; vous avez détruit tous ces beaux projets ; j’ai senti qu’il m’étoit impossible de vivre éloigné de vous, & pour me procurer les moyens de m’en rapprocher, je tente un voyage & des projets que mon malheur ordinaire empêchera sans doute de réussir. Mais puisque je suis destiné à me bercer de chimeres, il faut du moins me livrer aux plus agréables, c’est-à-dire, à celles qui vous ont pour objet ; daignez, Mademoiselle, donner quelque marque de bonté à un amant passionné, qui n’a commis d’autre crime envers vous que de vous trouver trop aimable ; donnez-moi une adresse & permettez que je vous en donne une pour les lettres que j’aurai I’honneur de vous écrire, & pour les réponses que vous voudrez bien me faire : en un mot laissez-moi par pitié quelque raison d’espérance, quand ce ne seroit que pour calmer les folies dont je suis capable.

Ne me condamnez plus pendant mon séjour ici à vous voir si rarement ; je n’y saurois tenir ; accordez-moi du moins dans les intervalles la consolation de vous écrire & de recevoir de vos nouvelles, autrement, je viendrai plus souvent au risque de tout ce qui en pourra arriver. Je suis logé chez la Veuve Petit, en rue Genti à l’épée royale.