Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/607

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très-porté à justifier votre cœur sur cet article, & il paroît aussi par la lecture de votre mémoire, qu’en effet des sentimens si bas sont très-éloignés de votre pensée : cependant vous conviendrez, Monsieur, que si vous aviez en effet tranché la difficulté, & que vous eussiez fait voir que la figure de la terre n’est point cause de la variation qu’on a trouvée dans la mesure de différens degrés de latitude, tout le prix des soins & des fatigues de ces Messieurs, les frais qu’il en a coûté & la gloire qui en doit être le fruit, seroient bien près d’être anéantis dans l’opinion publique. Je ne prétends pas pour cela, Monsieur que vous ayez dû déguiser ou cacher aux hommes la vérité quand vous avez cru la trouver, par des considérations particulieres ; je parlerois contre mes principes les plus chers. La vérité est si précieuse à mon cœur, que je ne fais entrer nul autre avantage en comparaison avec elle. Mais, Monsieur, il n’étoit ici question que de retarder votre mémoire de quelques mois, ou plutôt de l’avancer de quelques années. Alors vous auriez pu, avec bienséance, user de la liberté qu’ont tous les hommes de dire ce qu’ils pensent sur certaines matieres, & il eût sans doute été bien doux pour vous, si vous eussiez rencontré juste, d’avoir évité au Roi la dépense de deux si longs voyages, & à ces Messieurs les peines qu’ils ont souffertes & les dangers qu’ils ont essuyés. Mais aujourd’hui que les voici de retour, avant qu’être au fait des observations qu’ils ont faites, des conséquences qu’ils en ont tirées ; en un mot avant que d’avoir vu leurs relations & leurs découvertes, il paroît, Monsieur, que vous deviez moins vous hâter de proposer vos objections, qui, plus elles auroient de force,