Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/608

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plus aussi seroient propres à ralentir l’empressement & la reconnoissance du public, & à priver ces Messieurs de la gloire légitimement due à leurs travaux.

Il est question de savoir si la terre est sphérique ou non. Fondé sur quelques argumens vous vous décidez pour l’affirmative. Autant que je suis capable de porter mon jugement sur ces matieres, vos raisonnemens ont de la solidité. La conséquence cependant, ne m’en paroît pas invinciblement nécessaire.

En premier lieu, l’autorité dont vous fortifiez votre cause, en vous associant avec les anciens, est bien foible, à mon avis. Je crois que la prééminence qu’ils ont très-justement conservée sur les modernes en fait de poésie & d’éloquence, ne s’étend pas jusqu’à la physique & l’astronomie, & je doute qu’on osât mettre Aristote & Ptolémée en comparaison avec le Chevalier Newton & M. Cassini : ainsi, Monsieur, ne vous flattez pas de tirer un grand avantage de leur appui : on peut croire sans offenser la mémoire de ces grands hommes qu’il a échappé quelque chose à leurs lumieres : destitués, comme ils ont été, des expériences & des instrumens nécessaires, ils n’ont pas dû prétendre à la gloire d’avoir tout connu ; & si l’on met leur disette en comparaison avec les secours dont nous jouissons aujourd’hui, on verra que leur opinion ne doit pas être d’un grand poids contre le sentiment des modernes ; je dis des modernes en général, parce qu’en effet vous les rassemblez tous contre vous, en vous déclarant contre les deux nations qui tiennent sans contredit le premier rang dans les sciences dont il s’agit : car vous avez en tête les François