Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/613

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différence qui se peut trouver entre la cime de la plus haute montagne & les terres inférieures à la mer ; les observations qui ont donné lieu aux nouvelles conjectures sur la figure de la terre, ont-elles été prises à des distances si énormes ? Vous n’ignorez pas sans doute, Monsieur, qu’on eut soin dans la construction de la grande méridienne d’établir des stations sur les hauteurs les plus égales qu’il fut possible : ce fut même une occasion qui contribua beaucoup à la perfection des niveaux.

Ainsi, Monsieur, en supposant avec vous que la terre est sphérique, il me reste maintenant à faire voir que cette supposition de la maniere que vous la prenez, est une pure pétition de principe. Un moment d’attention, & je m’explique.

Tout votre raisonnement roule sur ce théorême en géométrie, que deux cercles étant concentriques, si l’on mene des rayons jusqu’à la circonférence du grand, les arcs coupés par ces rayons seront inégaux & plus grands à proportion qu’ils seront portions de plus grands cercles. Jusqu’ici tout est bien ; votre principe est incontestable : mais vous me paroissez moins heureux dans l’application que vous en faites aux degrés de latitude. Qu’on divise un méridien terrestre en 360 parties égales par des rayons menés du centre, ces parties égales selon vous seront des degrés par lesquels on mesurera l’élévation du pôle. J’ose, Monsieur, m’inscrire en faux contre un pareil sentiment, & je soutiens que ce n’est point là l’idée qu’on doit se faire des degrés de latitude. Pour vous en convaincre d’une maniere invincible, voyons ce qui résulteroit de-là, en supposant pour un moment que la terre fût un sphéroïde oblong.