Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/106

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Voilà la conséquence de tout ce qui précède : immisit ergo Dominus Deus soporem in Adam, Dieu envoya donc un assoupissement, un sommeil pendant lequel il lui ôta une côte dont il forma Eve, sa seule & propre compagne désormais. Or, comme Adam en voyant tous les animaux les uns après les autres, les avoit très-bien reconnus incapables de sa société & dignes uniquement d’être ses esclaves, dès qu’il vit Eve, il la reconnut sa compagne, & en propres termes l’os de ses os, la chair de sa chair, en un mot sa chere moitié ; hoc nunc os ex ossibus meis, &c moitié inséparable, & pour laquelle lui Adam étoit prêt à se détacher de tout, & par l’événement même à se détacher de Dieu ; relinquet homo....& adhoerebit uxori suoe.

Ce mot adhoerebit en opposition au relinquet, marque une société bien forte & bien intime, plus morale cependant & théologique que physique, & qui d’un seul mot renverse avec tout ce qui précédé toute la doctrine & les prétentions & le livre de M. R. Car d’abord il péche dans le grand principe de rechercher le principe de la société humaine dans le pur physique & dans de prétendues expériences qu’il voudroit qu’on fît & que par conséquent personne n’a faites, ne sera & ne peut faire.

C’est une réflexion à faire, que dans tout cela, dans tout ce que l’Ecriture dit de l’origine de la société humaine, il n’y a pas un mot de physique, je dis de physique naturelle & de naturalisme ; puisque la création d’Adam est antérieure à la physique & aux loix de la physique humaine, de la nature physique de l’homme, & que la création ou génération d’Eve n’a