Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/109

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n’a jamais existe ; ce qui n’est pourtant pas si exactement vrai : mais on peut vous le passer.

Vous convenez même que “la religion nous ordonne de croire que Dieu lui-même ayant tiré les hommes de cet état de nature, ils sont inégaux, parce qu’il a voulu qu’ils le fussent, que tout ce qu’il y a à dire là-dessus ne sont que des conjectures tirées de la seule nature de l’homme & des êtres qui l’environnent, sur ce qu’auroit pu devenir le genre-humain, s’il fût resté abandonné à lui-même.”

Il n’est pas exact de dire, que Dieu a tiré les hommes de cet état de nature. Ils n’y ont jamais été ; & par où pouvez-vous donc savoir, & sur quoi pouvez-vous conjecturer ce qu’auroit pu devenir le genre humain s’il fût resté abandonné à lui-même, à la merci de sa nature & des êtres qui l’environnent.

Je conviens que les Théologiens orthodoxes ne laissent pas d’en proposer l’hypothese, mais ils la modifient beaucoup, & la corrigent des excès philosophiques auxquels vous la livrez. Ils sont toujours de l’homme dans l’état de pure nature, un être moral, sociable & soumis à des devoirs naturels envers Dieu, envers ses pareils & envers toute la nature environnante, soit physique, soit animale. Au lieu que vous réduisez l’homme au pur physique & à la pure animalité ; ce qui est purement déiste, & peut-être épicurien : car vous y mettez beaucoup de hasard, & très-peu de sollicitude ou point du tout, de la part de Dieu. Est-ce des Dieux d’Epicure que vous nous parlez ? Je le crains.

Dès que l’homme est un animal raisonnable, jamais Dieu,