Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/123

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Italienne ou Françoise, vous avez, il y a deux ans, pensé faire une sorte de révolution dans les arts, si ce n’est dans les mœurs.

Pour le coup, ce seroit bien dans nos mœurs que vous mettriez de l’indécence & du vice même, si on vouloit croire que l’homme dans son état même d’innocence, dès qu’il a assouvi au hasard son appétit brutal avec la première femme qu’il rencontre sous un chêne ou au bord d’un ruisseau, laisse là la mere & l’enfant, & n’y pense plus. Vous êtes, il est vrai, force de convenir que la mere soigne l’enfant, & l’allaite pendant un tans, mais sans aucun sentiment de la nature, selon vous, & plus pour son propre besoin, ce sont vos termes, & pour se délivrer d’un lait qui l’incommode que pour le besoin de l’enfant, & pour lui prolonger une vie qu’elle lui a donnée pour son propre plaisir. Quelle inhumanité ! Quelle non humanité !

Je ne crois pas qu’un systême si dénué de sentimens, ait été imaginé ou adopté avant M. R. Il va de suite dans ce contre-torrent de la nature. Dès que l’enfant peut se pourvoir, la mere le laisse, il laisse la mere, & va brouter en solitude de son espece avec les autres animaux. Pour le moins notre siecle, qui fait cas des sentimens, ne goûtera point un systême de gueuserie & de bêtise, dans lequel ni PÈRE, ni mere, ni enfans n’ont de droit ni de fait aucun sentiment naturel l’un pour l’autre.

Voici la fin du systême : il s’agit d’inventer les langues, & M. R. n’en peut venir à bout. Ni PÈRE, ni mere, ni enfans ne savent parler. Le PÈRE & la mere n’en ont nul besoin pour