Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/124

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se dire qu’ils sont bêtes & animaux grossiers. Il n’y a que l’enfant qui par malheur pour lui ait des besoins. C’est donc à lui de les expliquer à sa mere, qui du reste n’est pas obligée de les deviner. “L’enfant, dit l’Auteur, a plus de choses à dire à la mere que la mere à l’enfant. C’est donc lui qui doit faire les plus grands frais de l’invention des langues, & la langue qu’il emploie doit être en grande partie son propre ouvrage.” Cela est nouveau.

Voilà bien manifestement l’écueil du systême de M. R. Il a voulu tout réduire à la physique atomique & corpusculaire, en un mot matérialiste, & il n’a trouvé dans cette nature non sentante, non sentimentée aucune ressource pour expliquer les sentimens les plus naturels &les plus ordinaires, les plus faciles, les plus vifs même de l’humanité. Rien ne démontre même mieux que nous avons une ame, un cœur, un esprit, que l’embarras de M. R. qui du reste se fait bien tort, j’en suis fâché, en s’établissant dans le monde & dans un monde plein de sentimens & d’honneur, pour un homme qui ne sent rien, &c.

Jusqu’ici, au reste, PÈRE, mere, nourrices, précepteurs, maîtres ont appris aux enfans à parler, & le propre tourment des enfans a été d’apprendre les langues qu’on leur montre à grand’peine, à grands frais. Point, M. R. veut que ce soient les enfans qui inventent les langues, & les montrent à PÈRE, mere, nourrices & précepteurs. La tour Babel qui confondit & embrouilla beaucoup ses constructeurs, auroit pourtant été ici le dénouement & la résolution facile du problême qui embrouille & confond M. R.