Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/132

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fait pas davantage contre la religion, le gouvernement ou les mœurs.

“Le devoir d’une éternelle fidélité, dit-il, ne sert qu’à faire des adulteres, & les loix mêmes de la continence & de l’honneur étendent nécessairement la débauche, & multiplient les avortemens.” Voilà constamment comme il argumente contre le bien par le mal qui arrive de son inobservation. La force de son raisonnement consiste en ce qu’il n’y auroit point de mal s’il n’y avoir point de bien ; & c’est le bien qui a tort, selon lui, de tout le mal qui arrive dans ce monde. C’est-à-dire, que si tout étoit mal il n’y auroit point de mal, & le mal au contraire seroit alors la cause du bien.

Il y a à cela une sorte de vrai sophistique & ridicule, que je me contente de traiter de puérilité & de foiblesse d’esprit prétendu fort. C’est comme si on rendoit la regle responsable de l’obliquité ou de la tortuosité d’une ligne droite, le compas responsable de l’inégalité des rayons d’un cercle mal fait, la justice des injustices qui arrivent, les gens d’esprit responsables des sots, la vertu du vice, le paradis de l’enfer, & Dieu même de tout le mal de cet univers. Ce n’est que trop la façon sophistique de nos philosophes esprits-forts, déistes & raisonneurs. Ils s’en prennent réellement à Dieu, qui a tout prévu & tout créé, de leurs propres vices & de leurs malheurs. Et réellement s’il n’y avoir point de Dieu, ou que Dieu fût un Dieu méchant & vicieux, il n’y auroit ni vice ni méchanceté, n’y ayant personne pour l’en convaincre ou l’en punir.

Constamment tous les raisonnemens qui se sont en tout tans