Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/133

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contre Dieu & sa providence, sont des sophismes pareils, tout aussi faciles à convaincre de foiblesse & de puérilité. Leurs Auteurs s’appellent pourtant sans façon eux-mêmes des philosophes, des beaux esprits, des esprits-forts.

M. R. confond la voie de fait avec la voie de droit. Parce que nous sommes en société, tous nos vices, quoique contraires à la société & proscrits par elle, sont, selon lui, les vices de la société, dont la société est cause, & qui n’arriveroient pas, prétend-il, si nous n’étions pas en société. Je suis, M. R. malgré cela, votre, &c.

LETTRE XII.

Monsieur, vous prouveriez tout aussi-bien qu’une chambre est la cause morale & physique des crimes qui s’y commettent, sur-tout lorsqu’on ne les y commet que parce qu’on s’y sent à l’abri des témoins que l’on a voulu éviter en s’y renfermant. Communément on cherche-la solitude, & l’on se dérobe avec soin, aux yeux de la société, lorsqu’on veut se livrer au vol, à l’homicide & aux autres passions de la nature corrompue. Qui doute, selon votre belle façon d’argumenter, que la société n’en soit complice par là même qu’elle ne l’est pas.

C’est ainsi que les arts, les lettres & les sciences pervertissent, selon lui, les savans, les artistes & les littérateurs. Le bien toujours chez lui la cause du mal ; ce qui seroit bien, s’il vouloit dire que le bien rend le mal plus inexcusable. Car du