Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/134

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reste, omnis peccans ignorans, est une maxime d’éternelle vérité. Non, dit M. R. c’est la science & non l’ignorance qui fait tout le mal de l’univers. Erasme, je crois, pour badiner fit l’éloge de la folie. M. R. est l’apologiste de la bêtise. Un autre Rousseau plus fameux a dit pourtant que tout vice est issu d’ânerie.

Je suis surpris qu’à tout propos M. R. ne cite pas le nitimur in vetitum, qui est fort vrai dans son bon sens historique & de fait, mais n’empêche pas & ne doit pas empêcher Dieu & les législateurs, de défendre ceci & cela. C’est Saint Paul & non M. R. qui raisonne juste sur les désordres que la loi, soit de Dieu, soit des hommes ne laisse pas en un sens d’occasionner ou de dévoiler & de faire éclater, sans les causer, en empêchant leur fréquence & leur prescription contre l’ordre & le vrai primitif de tout bien. Sans la loi, sans la société, sans les arts, sans la science, nous ne serions pas moins désordonnés & vicieux ; nous le serions même évidemment da vantage, nous serions barbares, féroces, sauvages, brutaux purs animaux, pures bêtes brutes.

M. R. en convient assez, mais c’est justement là la fin de son systême. Il n’y aurait plus alors de mal, tout étant mal, & la pure bête n’étant plus responsable de sa bêtise, qui n’auroit plus que du physique & rien de moral, d’humain, de théologique & de divin, plus de devoirs, plus de mœurs, plus de relations, plus rien de bon, c’est-à-dire, de mauvais : car voilà le propre systême de M. R. bien détaillé & bien énoncé : selon lui, le bien est mal & le mal est bien, dicentes bonun malum, &c.