Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/136

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ose dire que les fruits sont à tous, & que la terre n’est à personne. Est-il de donation plus expresse que celle de Dieu à Adam, à Noé & à ses enfans ? Il est vrai que M. R. ne dit pas un mot de Dieu dans tour ceci. Il représente toujours la terre & ses fruits, comme étant là de hasard, ou par le simple acte physique d’une nature mécanique & matérielle ; & hommes, de même, comme les fruits naturels, & les productions physiques d’une même nature, je ne sais quelle, sans autre droit d’y être que parce qu’ils y sont, n’examinant ni d’où ils viennent, ni où ils vont, ni pourquoi ils passent par-là. Je ne puis me dispenser de dire à M. R. qu’il a bien tort de si fort méconnoître Dieu dans ses plus beaux ouvrages, & de prendre & de soutenir ce ton de législateur despotique & absolu, comme si toute la nature étoit en sa disposition.

Et qu’a-t-on à faire de toutes ses hypotheses fantasques ou fantastiques, tandis que nous ayons l’histoire de tout cela dans nos mains & à tous momens sous nos yeux ? Car on ne nourrit que de cela tous nos enfans, & M. R. ne sait pas qu’en France, dans les colleges, dans les couvens, dans les maisons bourgeoises mêmes, nulle éducation réguliere ne va sans cela, sans parler des catéchismes, des prônes, des sermons, où tout cela est sans cesse rebattu ; à Geneve même, je suis persuadé que tout cela va en regle. Mais M. R. nous apprend qu’un jeunesse imprudente, ne lui a laissé apprendre que Plutarque, Tacite ou Grotius, dont encore ne fait-il nul cas.

Pour le moins, dans l’arche, Noé vivoit en société avec ses enfans, sa femme & les leurs, au nombre de huit personnes bien unies de cœur, d’esprit, de mœurs & de religion. On sort