Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/137

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


de l’arche, les enfans se multiplient, l’ordre de se disperser & de remplir la terre arrive : Noé le leur intime. A Sem il donne l’Orient & l’Asie, à Japhet, l’Europe ou l’Occident, laissant à Cham l’Afrique, par voie de concession, plutôt que de donation, à cause de la malédiction tombée immédiatement sur Chanaan, & indirectement sur son PÈRE, ses freres, &c.

Jusques-là, la société persevere, s’accroît au nombre de cent, de quatre cent mille hommes, & peut-être d’un ou deux millions, sans que ces hommes déjà un peu pervers pensent trop à rompre leur société primitive. Peut-être s’y résolvent-ils, au moins les plus pieux, les plus obéissans à leur PÈRE commun Noé & à Dieu, qui les multiplioit à force, pour les y forcer.

Pour gagner du tans, Nembrod peut-être, & les plus déterminés des Chamites mal partagés & réfractaires à la dispersion, proposent de faire & sont une ville immense, Babylone & une tour, sous le beau prétexte de se rendre célébres à la postérité. Mais, que sait-on ! comme un filet, dans lequel ils veulent envahir tout le genre-humain.

Dieu n’en aura pas le démenti : il confond tous ces projets ambitieux : il confond les langues, & force toutes ces têtes des nations à se séparer ; & la société primitive et, au gré de Dieu même, partagée en trois & peut-être en cent & en mille sociétés nationales, que Dieu veut mener à son but.

Mais Nembrod non plus & ses pareils fils de Chus & petits-fils de Cham, n’en veulent point démordre, & tandis que Cham va, pour obéir à Dieu, se perdre en Afrique, Nembrod, grand chasseur & guerrier, s’empare de Babylone, & en frustre Sem ou son descendant Assur, qui va de son côté