Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/147

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LETTRE XV.

Enfin, à la page 84, vous adoptez ouvertement, Monsieur, la vie sauvage ou des Sauvages, telle que nous la connoissons, & désormais vos hypotheses porteront au moins sur un état de réalité, sur des hommes même morau, nos pareils & nos freres, après tout, & j’aurai moins à vous deviner. C’est de ces Sauvages, que vous dites avec complaisance que “le genre-humain étoit fait pour y rester toujours & que cet état est la vraie jeunesse du monde, & que tous les progrès ultérieurs ont été en apparence autant de pas vers la perfection de l’individu, & en effet, vers la décrépitude de l’espece.”

Mon Dieu, que M. R. eut loin de toutes les saines idées de l’humanité ! Le poëtes mêmes se plaisent à nous donner les plus brillantes idées, les peintures les plus riantes, les plus nobles sentimens de la jeunesse du monde ; c’étoit l’âge d’or, c’étoit un printems perpétuel, c’étoit Saturne & Astrée, c’étoient des bergers, c’étoit la foi, la justice qui habitoient la terre : encore la terre étoit-elle un beau jardin, le jardin des Hespérides, dont tous les fruits étoient des pommes d’or.

Tout cela fait, comme on voit, allusion au jardin des délices, à Adam & à Eve innocens, en un mot, aux vrais premiers hommes, & à la vraie premiere société. Au sortir de l’arche, les hommes en société n’étoient encore que trop bien dans les belles plaines de Sennaar, aussi étoit-ce encore peut-être