Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/148

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le siecle d’or. Mais le siecle de fer lui-même, n’a pas commencé par des Sauvages, qui sont pourtant tout ce que M. R. trouve de plus beau dans la jeunesse du monde, passée sans doute, selon lui, dans les forêts du Canada, de la Sibérie ou du Groënland.

Je plains M. R. d’avoir un si mauvais goût, goût d’amertume, de critique, de satire & de détérioration de toutes choses ; constamment, il prend l’envers & le revers de tout ; il prend par-tout le bien pour le mal & le mal pour le bien ; le bien l’attriste, le mal le réjouit. Dicentes bonum malum, encore une fois ; & encore une fois, qui Bavium non odit, &c.

Ah, M. R. que je vous plains ! où avez-vous donc pris ce son triste & atrabilaire depuis dix ou douze ans que je n’ai eu l’honneur de vous voir ? Vous me paroissiez une assez bonne personne dans ce tems-là. Il faut que l’air frivole, gai & badin, mais fin & ingénieux, non méchant du reste, quoiqu’un peu malin de nos François de Casé ou de Parterre, auquel vous n’avez pu monter votre sérieux helvétique, vous ait cabré. Vous avez voulu avoir aussi de l’esprit, & vous en avez sûrement beaucoup ; mais vous n’avez pu prendre cette légéreté, cet effort. Là où il ne faut qu’un mot tranchant, vous avez voulu mettre un raisonnement concluant ; vous avez fait un livre en réponse d’une épigramme ; & pour vous défendre d’un seul, vous nous attaquez tous. Un François est pour vous la France toute entiere, & d’une misérable dispute de mots, vous avez fait une querelle de religion, de morale & même de politique.

Sans tant raisonner, il est positivement faux que la vie