Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/160

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LETTRE XVIII.

Je ne me lasse point, Monsieur, de vous parler du grand Président de Montesquieu, à l’occasion des Sauvages, que simplement il n’a pas connus ; au lieu que vous les méconnoissez absolument, & que vous les travestissez en bêtes qui ont à peine la figure humaine. M. de Montesquieu n’a jamais calomnié la nature humaine, & il n’a que trop voulu la combler de biens, dont elle n’est pas susceptible. Timoré, poli, sensible & bon comme il l’étoit, il auroit rougi de la voir si avilie dans vos portraits. Revenons au gouvernement politique, économique & civil des Sauvages, dont je ne fis simplement qu’avertir ou donner l’ébauche à l’Auteur illustre de l’Esprit des loix.

La société est le fondement de tout : elle est naturelle & de la premiere nature, parce que essentiellement tout homme a pere, mere, grand’pere & grand’mere, freres, sœurs, oncles & cousins avant lui & à côté de lui, & qu’avec & après lui il a communément femme, enfans, petits-fils, neveux, &c., M. R. a beau faire, les besoins & les sentimens naturels respectifs seront à perpétuité & ont toujours fait une & plusieurs sociétés de tous ces gens-là. Et l’on défie, la nature même défie de citer jamais enfant ou homme vrai qu’on ait trouvé dans les forêts, qui n’ait tenu jusques-là, jusqu’à l’âge très-adulte du moins, à des parens réels, faciles même sans doute à retrouver, non loin de ces forêts.

Les Sauvages donc du Canada ou d’ailleurs forment de vraies