Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/162

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plus, dont il leur est même permis d’abuser : je dis d’abuser ; au préjudice des autres loix de raison, d’honneur & de conscience ; car ils en connoissent sort bien l’abus, reconnoissent le vice, & savent bien qu’elle doit être subordonnée aux autres loix de devoir naturel & divin.

S’en écarte qui veut de ce devoir & de tous les devoirs de la société ; réellement ils n’ont point de voie, ni de loi de coaction, de contrainte, soit pour punir les réfractaires, soit pour les contenir dans le devoir. Ils ont bien des récompenses d’honneur, de butin, de nourriture, mais nulle sorte de peine afflictive pour les enfans mêmes.

Par exemple, ils instruisent les enfans, mais ne les châtient jamais, & les millionnaires n’ont jamais pu leur faire que des catéchismes, des exhortations, des sermons, & jamais des classes en regle, jamais des maisons de pensionnaires, jamais des colleges ; des millionnaires tant qu’on veut, jamais des maîtres : chérissant du reste ces millionnaires comme des peres, comme des sauveurs, jamais comme des chefs ou des législateurs. Ils reconnoissent la croix, l’adorent, l’embrassent, la portent & la suivent, lui obéissent. Nul sceptre ne les tente de commander ni d’obéir.

Par exemple encore, une jeune fille introduira la nuit dans la cabane de son pere quelqu’un qu’elle aime ; cela est rare, & là on se cache de tout cela, comme ici par pudeur, par honneur : mais là, comme ici, il y a gens qui ne rougissent qu’en public. Le pere, la mere, les freres lui diront, ma fille, ma sœur, tu as tort, tu nous déshonore, tu ne trouveras point de mari. On le lui dira, mais on ne sera que le lui dire ;