Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/163

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& si elle s’en moque, personne ne s’en formalisera plus que cela.

Quand ils ont un mauvais sujet, quelqu’un s’enivre & va le tuer, disant ensuite que ce n’est pas lui, mais le vin qui l’a tué & toute autre sorte d’homicide coupable s’excuse, en disant, ce n’est pas moi, mais c’est ma tête gui étoit faite comme cela un tel jour : & l’homicide est impuni.

Autre exemple bien remarquable. Un village, une nation vient de faire la paix en regle, & par un vrai traité avec une autre nation. Ce traité le plus solemnel, accompagné de sermens, de gages, d’otages, de présens, ne plaît pas à tout le monde, ne fût-ce qu’à un seul étourdi de vingt-cinq, trente ou trente-cinq ans. Celui-ci dit à tous ceux qui ont fait le traité, qu’ils n’ont rien fait qui vaille, que ce traité n’est pas de valeur, qu’il va le rompre par quelque acte d’hostilité. Tu as tort, mon frere, lui dit-on, tu nous seras une mauvaise affaire. On lui dit cela, mais on le laisse faire. Il part, va couper une chevelure ennemie, en apporte le trophée dans la cabane du conseil, en riant & en moquant des anciens assemblés. On le blâme, point plus fort que ci-devant, & on ne pense plus qu’à soutenir cette nouvelle guerre, ou à la prévenir par des présens ou des soumissions faites à la nation que cet étourdi vient d’armer de nouveau.

Voilà ce que j’ai pris la liberté de remontrer il y a cinq ou six ans à M. de Montesquieu. Comme c’étoit la plus belle ame, la plus candide, la plus aimant le vrai que j’aye connue, sur-tout en fait de religion, qu’il avouoit ne pas connoître assez, il convint dans le moment, que son énumération politique,