Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/165

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Il seroit de conséquence pour sa gloire même, de ne pas perdre mille belles choses, que fait comme il étoit, penseur & systématique, il doit avoir jettées sur le papier. Il ne m’en a plus parlé, je ne lui en ai plus parlé. Nous nous voyons peu ces dernieres années, car quoiqu’habitans du même monde, il m’écrivoit il y a quinze ou dix-huit mois, que nous n’habitions plus la même planete, c’est-à-dire, le grand monde, d’où je m’étois retiré malgré lui.

Quoi qu’il en soit de cet état de vie sauvage & de pure nature, si c’est pure nature, je reviens toujours à dire que c’est un dernier état de l’humanité dépouillée de tous tes avantages naturels, & une vraie barbarie, déchue de la vraie & parfaite société, où Dieu même nous avoir fait naître dans le paradis terrestre & comme renaître dans les belles plaines de Sennaar, au sortir de l’arche de Noé.

Encore ne vous ai-je pas tout dit, Monsieur, tout ce que je pense de la vie sauvage dont viens de vous entretenir à l’occasion de M. de Montesquieu. Depuis ce que j’eus l’honneur de lui en dire à lui-même, mes idées se sont agrandies & s’agrandissent même dans le moment à votre occasion, & tout en vous en parlant un peu à fond.

Les Sauvages sont en effet sauvages, & des vrais sauvageons tout-à-fait dégénérés & abâtardis, autant qu’il est permis de l’être à des hommes qui sont toujours des êtres moraux, théologiques même, images de Dieu, & ayant, quoiqu’ils puissent faire, un rayon de lumiere divine, qui éclaire tout homme venant au monde ; lux vera, quoe illuminat omnem hominem venientem in hunc mundum.