Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/177

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Les Egyptiens idolâtres ne furent pas les seuls précepteurs ou instituteurs des Grecs barbares & presque sauvages ; car ils étoient pis que Tartares & Scythes. Au tems des Agenor, Cécrops, Cadmus, Danaüs, Inachus, qui furent les instrumens dont Dieu se servit pour retirer les Grecs de leur barbarie, la Phénicie, la Syrie, la Perse, la Chaldée étoient comme ; & avant l’Egypte, tombées dans l’idolâtrie & dans les fables qui sont la barbarie des ames, des cœurs, & même, selon moi, des esprits. Car M. R. en veut bien autant aux arts & aux sciences qu’à la religion & aux mœurs, & à la religion & aux mœurs autant qu’aux arts & aux sciences. Ces choses-là sont plus inséparables qu’on ne pense : on va le voir bientôt.

Cependant les Grecs arriverent par le moyen des Egyptiens & des Asiatiques, au bel-esprit, mais jamais au bon & au sain esprit, si ce n’est lorsque J. C. arriva en personne pour le leur donner, Judo primùm & Graeco, & nous le donner à nous-mêmes, Gaulois & Romains par leur moyen. Car St. Denis, &c. étoit Grec, Athénien même.

Et bien nous en prend, que les Grecs & les Romains de qui nous sommes en possession de prendre le bel-esprit, eussent commencé par nous donner le bon & le sain esprit, comme les hommes peuvent le donner en lui servant de véhicule. Car il est vrai que c’est toujours des Romains & des Grecs que nous recevons le bel-esprit trop pêle-mêle avec le bon esprit, dont les Grecs se sont toujours trop peu piqués, jusqu’a le perdre enfin tout-à-fait par leur schisme toujours bel-esprit, & à la fin musulman & sans esprit, sans science, lettres ni arts, comme sans vraie religion, à la R.