Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/184

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cernant la peau du crâne tout autour, pour lever tous les cheveux à la fois, ce qui est un grand trophée pour eux. Ce n’est encore rien : on le promene dans tous les villages, hameaux & cabanes, où jusqu’aux femmes & enfans chacun a droit de lui arracher un ongle, couper un doigt du pied de la main, de l’assommer de coups. Ainsi mutilé, on le brûle on le grille, on le rôtit, on le mange piece à piece & en détail.

Le comble des horreurs ! on le fait chanter, & il chante, tandis qu’il a le pied ou la main dans le feu. Le beau est même en cet état de se moquer de ses bourreaux, de les exciter, de leur dire que si on les tenoit, on leur seroit pis. On chante, on rit, on fume une pipe. Le premier venu, un enfant, une femme approche du patient, lui coupe un doigt, le met dans la pipe, & le patient rit & fume son doigt, fût-ce même son œil, dont il trouve le parfum délicieux. Oh ! pour le coup, voilà le Sauvage bête brute, dont M. R. envie la noble liberté ! Je croirois offenser, Dieu, si j’ajoutois que je la lui souhaite. Dieu m’en préserve.

Il est vrai que si l’on vouloit punir M. R. de tant d’excès contre l’humanité, la raison & le bon sens, sans parler de la divinité, de la grâce & de la soi, on n’auroit qu’à le prendre, au mot, & le transporter au milieu des Sauvages, nu, libre, gai & content. Mais ce n’est pas moi qui ai imaginé cela : au contraire, s’il étoit là, j’irois moi ou mes freres pour l’en retirer & le convertir à Dieu & à la raison. Je suis, Monsieur votre très, &c.