Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/191

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d’une trop grande liberté. Les vrais esclaves chez les Romains & ailleurs, quand ils avoient le bonheur de rencontrer des maîtres deux & humains, étoient plus maîtres, plus contens au moins qu’eux. La liberté à laquelle aspire M. R. est le regne des passions & des caprices, & par conséquent de l’esclavage de l’esprit & du cœur, qui est le plus terrible, & le seul vrai esclavage.

M. R. en veut fort au despotisme : je ne le contredirai pas, si ce n’est dans les mauvaises & fausses attributions & applications qu’il en fait aux gouvernemens les plus légitimes, les plus honnêtes, les plus doux. Mais lui personnellement & ad hominem, je le trouverois fort heureux d’avoir un maître immédiat, qui le contînt despotiquement dans les bornes de l’honnête liberté d’écrire avec décence, honneur, religion & bon sens. Un frénétique est-il heureux d’avoir la liberté de se tuer & de tuer quelqu’un ?

M. R. a entrevu mes objections ou mes réponses. Il convient que les peuples accoutumés à la servitude en supportent tranquillement le joug, comme un cheval dressé se laisse brider & mener où l’on veut. Mais ce n’est pas par-là qu’il en faut juger, dit-il, quoique ce soit-là l’état ordinaire de tous les hommes de toutes les nations. Et par où veut-il juger des hommes, si ce n’est par les hommes, & d’un état, si ce n’est par les hommes mêmes de cet état ? Le voici : il veut qu’on juge de la liberté par la révolte, & de l’honnête liberté par le libertinage.

“M. R. dit : Ce n’est donc pas par l’avilissement des peuples asservis qu’il faut juger des dispositions naturelles de l’homme pour ou contre la servitude, mais par les prodiges qu’ ont