Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/193

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à avoir plus d’autorité qu’il n’en a, l’ayant toute au gré de son ambition, s’il est ambitieux.

Non, il n’est pas tenté de l’être. Il ne peut l’être que de jouir en paix de toute l’autorité qu’il a. Il a intérêt de bien gouverner & de laisser jouir son peuple de l’honnête liberté, qu’une autorité légitime laisse toujours aux sujets fideles & soumis. Les prodiges que vante M. R. ne sont jamais que des coups de main, par où une populace mutinée favorite un oppresseur secret ou qui veut le devenir, contre celui qui ne l’est souvent qu’en imagination.

L’homme & les hommes sur-tout sont faits pour être gouvernés. Une nation, un Etat ne représente jamais qu’une famille, dont le pere commun est le chef naturel, toujours représenté par le Prince, Roi, Doge, Stathouder quelconque, soit héréditaire, soit électif selon l’usage dont le tems les a mis en possession. C’est un des malheurs auxquels la nature humaine est exposée, que quelqu’un de ces maîtres gouverneurs s’en acquitte mal, qu’il soit mal-habile, inappliqué, méchant même. Cela est fâcheux, comme il est fâcheux d’être malade ; de mourir, de souffrir. A cela, je ne vois que la patience.

M. R. n’y voit que la révolte, le coup de main, le bouleversement de l’Etat. C’est-là ce qu’il traite de prodige, & où il autorise les fanatiques les plus furieux, qui sous mille prétextes peuvent à tout propos réclamer per fas & nefas, leur prétendue liberté, soit de mœurs, soit de religion, soit de fortune. Le plus communément ce ne sont en effet que des prétextes & du fanatisme ; & pour un Prince tyran, qui se trouve en