Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/20

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utile. Les héros de Marathon & de Platée redevenoient des hommes à Athenes : toutes les voies de la séduction étoient employées par ceux qui vouloient gouverner ; il falloit plaire au peuple, & on ne lui plaisoit qu’en le corrompant. Quels vices ne doivent pas naître dans une multitude victorieuse, souveraine & toujours flattée ? Tous les extrêmes se rapprochent dans la démocratie : un peuple roi peut, avoir des accès d’héroïsme ; c’est par sa nature un terrible monstre.

Sparte, ce grand boulevard de nos adversaires, dont ils prétendent nous faire tant peur, a fait l’admiration de la politique, mais elle : n’a jamais eu l’approbation de la morale ; Platon, Aristote & Polibe ont reproché à Lycurgue que ses loix étoient plus propres à rendre les hommes vaillans, qu’à les rendre justes. La politique des Lacédémoniens dans la guerre du Péloponnese, fut tour-à-tout lâche & cruelle ; ils rechercherent bassement l’alliance de la Perse ; vils courtisans des Satrapes d’Asie, ils massacroient sans pitié les prisonniers Grecs, & finirent par en égorger trois mille après la bataille d’AEgos-Potamos, au moment même où Athenes périssoit & n’avoit plus de défense contr’eux. Les Spartiates ont eu peu des vices ; mais ils manquoient de beaucoup de vertus ils devoient être & ils étoient en effet les meilleurs soldats de la Grecque ; mais ils n’étoient que des soldats. Pour éviter une extrémité ; ils n’avoient trouvé de secret que de se précipiter dans l’autre : ils se garantissoient de la volupté par la malpropreté, du luxe par la misere, de l’intempérance par une austérite féroce.

Le crime de l’incontinence n’étoit pas connu à Sparte, mais