Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/209

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Dieu, auquel on est obligé de s’en rapporter sur la plupart des événemens litigieux de cette vie, essentiellement équivoque & passagere.

La voie des armes & de fait ne peut être un jugement de droit ; il est trop à armes inégales. Dès qu’on en feroit l’affaire d’un coup de main, il est bien évident que le prince coupable ou non coupable succomberoit toujours, n’ayant qu’un bras, & ayant tous les bras contre lui. Ce seroit tenter Dieu, & lui demander un miracle, que de mettre le droit d’un prince en litige par la voie des armes.

M. R. lui même traite de prodiges les coups de main par lesquels les peuples ont souvent réclamé leur liberté sur les plus légitimes Souverains. Ces prodiges ne sont surement pas des miracles, même de bravoure. Ce sont même des lâchetés bien décidées, d’avoir triomphé d’un seul homme, par les fureurs de toute une nation armée contre lui.

Le plus souvent cependant dans ces sortes de querelles, royales d’un côté, & nationales de l’autre ; le roi lui-même, fut-il tyran, ayant ses partisans & son armée, il est bien évident que c’est alors la nation contre la nation, ce qui rend le prétendu droit national équivoque & le jugement quelconque qui en résulte, encore plus litigieux.

Le roi n’eût-il que dix mille hommes armés pour lui, contre cent mille hommes purement nationaux, qui veulent le destituer, ces dix mille hommes sont naturellement censés la plus noble & la plus saine partie & devroient l’emporter au tribunal de Dieu & des hommes, d’autant plus que ces cent mille hommes ont toujours à leur tête un chef de révolte, qui