Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/213

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des hommes de ceux dont il n’ose faire des bêtes ni des dieux.

Sur quoi il entre dans une grande dissertation contre les voyageurs qu’il réduit à quatre claires, les marins, les marchands, les soldats & les missionnaires. On croiroit qu’il est tenté de dégrader de l’humanité ces quatre especes, par dépit de ce qu’elles en ont dégradé les singes ; car, dit-il, “on ne doit gueres s’attendre que les trois premières classes fournissent de bons observateurs.”

M. R. leur fait tort, sur-tout aux marins, aux marchands même. Nous leur devons la plupart des observations d’histoire naturelle des pays des pays ou des mers où ils ont navigué ou trafiqué. Nous devons nommément beaucoup de choses aux Hollandois & aux Anglois, aux François même & aux Danois ; les Portugais & les Espagnols sont ceux à qui nous devons le plus, à cause même des millionnaires qu’ils y ont toujours associés aux simples marins.

M. R. vient spécialement aux millionnaires, car sur quoi ne veut-il pas dire son mot ? Et on auroit bien deviné que c’est pour en venir à eux, qu’il met les trois autres especes à quartier & à bas. Pour mettre mieux à bas & à quartier ces bons missionnaires, il joue l’air plutôt que le jeu d’un bon homme lui - même neutre, impartial, & désintéressé. Il loue leur zele & leur bonne intention, comme si on étoit fort flatté de tels éloges sans connoissance de cause.

Le bon homme du reste, bat les bonnes gens de son mieux 1 °. Ils sont, dit-il, sujets à des préjugés d’état, comme tous les autres. M. R. appelle préjugé d’état, le préjugé en faveur des hommes contre les bêtes, Oh ! oui, l’humanité est un état