Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/214

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pour des hommes, s’il ne l’est pas pour M. R 2°. Les missionnaires, selon lui, ne sont pas propres à des recherches de pure curiosité, qui les détourneroient des travaux plus importans auxquels ils se destinent. M. R. appelle des recherches de pure curiosité celles d’un missionnaire qui veut s’assurer si le petit homme de Bornéo est homme digne du baptême, & d’être converti à l’Eglise & à Dieu. Personne n’a plus fait de recherches & de dissertations sur ces singes hommes & sur tous leurs pareils, que les missionnaires, qui s’y sont pris en naturalistes, en physiciens, en anatomistes, en historiens, en moralistes, en philosophes avant que de s’y prendre en théologiens, en apôtres.

Mais 3°. selon M. R. “pour prêcher utilement l’Évangile il ne faut que du zele, & Dieu donne le reste, mais pour étudier les hommes il faut des talens, &c.” Voilà une calomnie bien hardie de l’Eglise, des apôtres, de la religion, & de tout ce que l’univers a de plus sacré. Oui, M. R. a dû s’attendre que je le releverois à visage découvert. M. R. ne vint à moi en arrivant à Paris, que parce qu’il me connoissoit à Geneve même, me dit-il. Il m’a donc méconnu en me voyant. Mon air d’honnête-homme sans doute l’a trompe, comme l’air d’hommes-bêtes des Pongos trompe, selon lui, ceux qui les voyent de près. Major è longinquo reverentia, sans doute, & minuit praesentia famam. Quoi ! l’apostolat n’est pas un talent, une vocation donnée de Dieu même ? Quel orgueil ! quoi ! le P. le Comte n’avoit point de talent même naturel ? Le P. d’Entrecolles, qui nous a si bien donné l’art de la porcelaine n’avoit point de talent ? M. R. ignore-t-il que ce sont deux