Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/215

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bons missionnaires qui ont découvert les sources du Nil, qu’Alexandre, César, Auguste, les Ptolomées, les Romains ont voulu découvrir en y faisant les plus grandes recherches, les plus grands frais ? Ignore - t - il que ce sont deux ou trois bons missionnaires qui nous ont donné les cartes de la Chine, de la Tartarie, du Thibet, & presque de toute l’Asie, de l’Afrique & de l’Amérique ; cartes les plus détaillées & les plus exactes que nous ayons d’aucun pays connu ; & qu’ils les ont données en arpenteurs, en astronomes, en géométres, en physiciens, en naturalistes, en toutes sortes de genres de Philosophie, & de talens même naturels ?

Ignore-t-il que de bons missionaires ont non-seulement dressé, levé, mais fait la carte autant terrestre que topographique du Paraguai, de, &c. Et cela en politiques religieux, & en conquérant des royaumes & des empires aux Rois d’Espagne, de Portugal, de France, uniquement en les acquérant à l’Eglise & à J. C. Ce qui est une façon fort honnête & fort légitime de conquérir aux hommes en conquérant à J. C. & à Dieu. Pour le moins de tels peuples ne restent point armés contre de tels conquérans.

M. R. en veut aux missionnaires, sur ce qu’en caractérisant les peuples lointains, ils ne disent que ce que chacun savoit déjà, & “de ce qu’ils n’ont su appercevoir à l’autre bout, du monde, que ce qu’il n’eût tenu qu’à eux de remarquer, sans sortir de leur rue ; & que ces traits vrais qui distinguent les nations, & qui frappent les yeux faits pour voir, ont presque toujours échappé à leurs yeux. De-là est venu, dit M. R. ce bel adage de morale, si rebattu par la tourbe philosophesque,