Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/221

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par ses talens, au milieu ou à côté des talens qui y brillent à l’envi, y trouva gens qui lui mirent le marché si haut que désespérant d’y atteindre, il trouva facile de les rabaisser jusqu’à lui, fort au-dessous même de lui, disant que tout cela, arts & sciences, n’étoit bon à rien, étoit même positivement mauvais.

M. R. rabaisse toute : sans oser nommer nos Rois, il les traite de “curieux magnifiques, qui ont fait faire à grands frais des voyages en Orient avec des savans & des peintres pour y dessiner des masures, & déchiffrer ou copier des inscriptions, &c. Voilà comme il traite les Rois, les Académies, les Tournefort, les Sicard, &c. Grand législateur, grand potentat, voici un projet de sa façon.

Il voudroit que deux hommes bien amis, riches, l’un en argent, l’autre en génie, tous deux aimant la gloire, & aspirant à l’immortalité, dont l’un sacrifie vingt mille écus de son bien, & l’autre dix ans de sa vie à un célèbre voyage autour du monde, pour y chercher non toujours des pierres & des plantes, mais une fois les hommes & les mœurs, & qui après tant de siecles employés à mesurer & considérer la maison, s’avisent enfin d’en vouloir connoître les habitans.”

Il faudroit des volumes entiers pour tirer ce beau projet-là au clair du simple bon sens & de la raison : n’y eût-il que les vingt-mille écus & les dix ans que M. R. allie ensemble avec deux hommes seuls sans aides ni valets, & avec le tour du monde entier, pour connoître les hommes-bêtes, les Pongos hommes qu’il imagine ; car des hommes, hommes tels qu’on