Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/226

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Hobbes & d’autres ont commise.” S’attendoit-on qu’après Locke, &sur-tout après Hobbes, il viendrait un soi-disant Auteur, écrivant en François, qui, force de penser ou de parler plus mal, nous seroit sentir qu’encore ils avoient assez bien pensé ou parlé, sur bien, des choses au moins. Je suis Monsieur, votre, &c.

LETTRE XXXIV.

Supposons, Monsieur, que dans votre systême ou hypothese, d’une pure nature physique de hasard, selon Epicure, ou de mécanique, selon Spinosa ; l’homme & la femme par qui devoit se faire la propagation humaine, fussent nés, éclos ou jettés à mille lieues l’un de l’autre, avec des mers ou des montagnes & des déserts impraticables entre deux : cet homme ou cette femme auroient donc vécu & seroient morts sans se connoître, & le but de la nature auroit été manqué.

Vous pouvez répondre que vous ne connoissez point le but dans la nature, & réellement vous n’en parlez nulle part, beaucoup moins du but de son Auteur, qu’on nomme Dieu, comme vous le savez ; mais vous savez que vous n’avez pas dû le nommer & l’invoquer en vain : je loue votre franchi silentiaire & taciturne.

Vous me direz que comme la nature avoit produit cet homme & cette femme, elle auroit pu en reproduire d’autres aussi ou moins stériles que ceux-là. Vous pouvez dire encore qu’absolument