Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/230

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LETTRE XXXV.

Monsieur, il n’y a que l’ame & l’esprit que vous n’osiez ôter si formellement à l’homme naturel, si ce n’est par maniere d’hypothese non articulée, mais par voie de fait très-précise.

Je doute que vous parliez une seule fois de cette ame humaine. Il semble que vous n’osez la nommer, ni la proscrire, ni l’admettre. Mais positivement vous l’écartez toujours, en écartant les sentimens, les devoirs, le moralisme, & en ramenant tout au pur physique.

J’ose le dire, vous n’admettez évidemment dans l’homme naturel qu’une ame animale, sensitive, végétative ; aussi ne voulez-vous ni charité, ni amitié, mais une simple pitié, pitié encore toute animale, toute pour soi, jamais pour autrui, si ce n’est de hasard & autant qu’elle est pour soi, ne reconnoissant dans la loi de la charité que le devoir philosophesque de la nature physique, de ne rien faire de superflu, natura nihil facit frustrà, de ne pas faire per plura quod potest fieri per pauciora, de ne pas plus incommoder autrui, qu’il ne le faut pour s’accommoder soi-même. C’est de vous encore ce principe, que la bête est notre prochain autant que l’homme, en raison directe ou réciproque de la pitié que nous avons des souffrances de l’un ou de l’autre.

Et de ce seul article de la bête déclarée comme l’homme ou la femme, notre vrai prochain, il seroit bien facile de conclure ce que du reste vous insinuez allez directement, que diversité, non-seulement des sexes, mais des genres & des