Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/243

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seconde & derniere institution de la nature. Les besoin, les sentimens rendent au bout de l’univers cette société-là indissoluble & de tous les goûts. Parmi nous-mêmes & jusques dans la même maison, entre freres, parens & amis, le goût, les délices de l’un ne sont pas ceux ou celles des autres. Et M. R. raisonne fort mal en concluant d’un goût factice à un goût de besoin & de nécessité naturelle.

Le goût de la religion, si c’est un goût, est dans le même cas que celui de la société : il est même au-dessus, puisqu’on renonce à la société même & à la parenté pour suivre la religion lorsqu’on la connaît bien. Témoins les solitaires de la Thébaïde, &c. Et preuve de la frivolité de nos goûts, c’est que le Sauvage les méprise ; & en même tems preuve de la solidité de notre sainte religion, c’est que le Sauvage s’y rend y persévere aux dépens de ses propres goûts, & même sa société sauvage la plus naturelle.

En Canada & dans toute l’Amérique, on voit des sociétés de Sauvages rassemblés autour d’une église, d’une chapelle, missionnaire, qui en fait à la vie & à la mort de fervens chrétiens. M. R. a beau faire le stoïcien & déclamer contre nos goûts & nos délices ; il faut qu’il y tienne bien par le cœur, pour trouver tant d’héroïsme dans les Sauvages à les mépriser. Si son cœur tenoit de même à la religion & à la société simplement humaine, il trouveroit un bien plus vrai héroïsme dans la préférence que leur donnent les Sauvages sur leurs goûts les plus naturels.

C’est la gloire de la religion, de triompher des esprits & des cœurs, & des goûts & des sentimens, dont aucun motif