Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/259

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avoue qu’à la vérité, les effets sont dans leur cause, par rapport à Dieu, mais je prétends que par rapport à nous, les causes, soit physiques, soit autres, sont le plus souvent dans leurs effets. Il faut donc commencer par les effets, par les faits.

St. Paul nous donne cette regle en général, comme sur les affaires de foi. Accedentem ad Deum, dit-il, oportet credere, quia est. Ceux qui veulent prouver l’existence de Dieu par sa possibilité, sont louables. Dieu a droit d’être prouvé de toutes les façons, parce qu’il tient à tout. Mais enfin, St. Paul veut que pour expliquer les choses de Dieu nous commencions par constater son existence, par credere, quia est. Et Dieu même, la premiere fois que nous trouvons qu’il ait parlé de lui & pour se manifester aux hommes ; Ego sum qui sum, a-t-il dit à Moyse, & il ne s’est donné d’autre nom en preuve de son existence, que son existence même. Celui qui est, m’a envoyé : qui est, misit me, ordonnoit-il à, Moyse de dire aux juifs.

Autant d’explications, de preuves même qu’on donne à un mystere, sont autant de mysteres souvent plus inintelligibles que le mystere même ; & d’autant plus mysteres, qu’ils le sont de la façon des hommes, au lieu que le vrai mystere l’est de la façon de Dieu, ce qui le rend le seul croyable : mais ceux de la façon des hommes sont toujours litigieux.

Et ma façon de commencer de croire comme un fait, avant que de comprendre le droit, est j’ose le dire, une démarche assez fine & adroite dans ce qui s’appelle la recherche de la vérité. La créance est une vraie science, & tout au moi une demi-compréhension, une demi-intelligence. La plupart