Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/260

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de nos sciences ne sont que créance & foi, foi même humaine & très-faillible. Ce que je crois, je le sais. Dans les choses que nous savons le mieux, sur un point que nous comprenons ; il y en a dix, & vingt que nous croyons simplement, sans pouvoir les comprendre.

La foi captive l’esprit, dit-on. Il n’y a pas grand mal de captiver les esprits bornés ou rebelles. La plupart ne sont point trop faits pour rien comprendre. Les sciences ne sont gueres, que des sciences de foi. On en a la certitude en attendant l’évidence : & Descartes a tort de nous prescrire de n’admettre rien que d’évident. A un idiot peut-être, vaut-il mieux apprendre à dire son pater en latin. Il ne l’entend pas, mais il le fait. Il sait bien dire : il veut bien dire ; il dit bien devant Dieu au moins qui l’entend bien, & qui entend, comme il est dit, la préparation du cœur, bien mieux que celle de l’esprit. Tout homme a du cœur assez pour Dieu. Le plus grand esprit n’en a pas assez, ni n’en approche.

La foi ne captive que les esprits ou les cœurs rebelles, disois-je. Elle met en grande liberté les bons esprits qui ne sont pas les dupes du cœur. Toutes les fois, que vis-à-vis d’un mystere ou d’une difficulté de science, j’ai commencé par dire credo, j’éprouve constamment dans mon esprit une très-grande liberté de raisonner & de comprendre, & de faire comprendre aux autres.

A toutes les opérations d’esprit comme de corps il faut un point fixe, un centre de repos d’où partent tous les mouvemens. Un ressort n’agit par une extrémité qu’autant qu’il est fixé par l’autre. La foi est l’unique point fixe des esprits dans