Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/287

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rompre enfin la barriere qui la séparoit du seul homme à qui elle pouvoit appartenir. Rousseau, pour achever le caractere

de passion vraiment extraordinaire, & pour faire connoître, ce qui est vrai, que les grandes impressions sont ineffaçables, principalement dans les cœurs vertueux, a donné à Saint-Preux les dernieres pensées & les derniers sentimens de Julie.

Il est dans ce terrible passage un moment où tous les liens à la vie sont comme rompus, & où pourtant l’être vit encore. C’est dans ce court moment que la nature reprend tous ses droits & qu’elle se montre sans contrainte. C’est alors, lorsque le ciel & la terre sont satisfaits, & que le devoir n’a plus reprocher à l’ame vertueuse qui a vaincu ses penchans, que ceux-ci se montrent une derniere fois sous les traits de leur premier empire, mais avec pureté. Cette flamme involontaire est comme la derniere lueur qui éclate du flambeau de la vie. Rousseau habile à saisir tous les mouvemens du cœur humain, a su marquer parfaitement ce moment où Saint-Preux obtient sans déguisement, sur l’ame de Julie expirante, l’empire qu’au fond il n’avoit jamais perdu ; juste & vrai témoignage qu’il rend, par un trait si sensible, à la puissance indestructible des grandes passions.

Cette mort extraordinaire dans toutes ses circonstances, produit une troisieme effet d’un grand intérêt : elle remplit le vœu le plus vis de Julie en faveur de Wolmar, en le rendant au ciel dont ses opinions le séparoient. Le spectacle des vertus & de la foi de sa femme, dans ces derniers instans, opere ce grand changement. Wolmar avoir possédé la beauté, les