Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/289

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Je ne parlerai pas de plusieurs ouvrages détachés de Jean-Jacques, de ses productions charmantes en fait de musique, de ses écrits sur cet art si puissant, si agréable & d’un effet si universel, parce que la musique est vraiment la seule langue naturelle des hommes, tandis que les langues parlées ou écrites ne sont que des langues secondaires ou des signes d’institution. Je ne parlerai pas du mérite qu’il a eu d’annoncer & de procurer en France, au prix de son repos, la révolution en ce genre qui s’opere de jour en jour parmi nous, & que rien désormais ne peut plus empêcher ; révolution heureuse qui multipliera nos richesses sans les détruire, si de grands maîtres, tels que Gluck & d’autres de cet ordre, parviennent à l’achever selon le génie de notre langue, & qui sera alors notre gloire & nos délices révolution qui a commencé réellement à Rousseau, & qui a dû nécessairement être fort lente, parce que rien n’est plus difficile à vaincre qu’un préjuge de goût, sur-tout de goût national fondé sur le préjugé ou l’habitude des sens.

Tous les productions, tous les ouvrages de Rousseau méritent d’être considérés ; tous portent le sceau du génie, heureux qui a su répandre de l’agrément jusques sur les objets qui en paroissent le moins susceptibles. Tout est animé sous sa plume, & d’une maniere si séduisante, qu’on chérit l’homme autant qu’on admire l’Auteur.

Je n’ignore pas qu’on a dit quelquefois, un peu sourdement à la vérité, que plusieurs personnes éclairées, dont l’opinion doit avoir un très-grand poids, puisque l’une d’elles a même en sa faveur l’autorité du génie, étoit eut d’avis que Rousseau,