Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/291

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vraiment législative de Montesquieu ; celle majestueuse, pure & douce de M. de Buffon ; celle rapide & forte de Bossuet ; celle souvent surnaturelle & plus qu’humaine de Pascal. Mais l’éloquence de Rousseau a ce rare mérite, qu’elle participe de tous ces caracteres, de sorte qu’il y a peu de beautés propres au génie de ces grands hommes, qui sont ceux auxquels il ressemble le plus, dont on ne trouve dans ses écrits une foule de traits égaux en beauté, qui placent cet Auteur justement à leurs côtés.

Parmi ces hommes, Pascal le plus extraordinaire de tous, est un homme divin qui semble lire dans le ciel tout ce qu’il expose aux hommes ; son éloquence tient toute à la sublimité de son intelligence ; son cœur parle moins dans ses écrits. Montesquieu se présente à eux comme un législateur d’une raison vaste & profonde ; M. de Buffon, comme le révélateur des secrets de la nature, comme son confident & son peintre le plus parfait ; Bossuet comme l’organe & l’oracle de la religion, tous ensemble avec la voix & le ton de la véritable éloquence.

Si l’on y fait attention, Rousseau réunit à beaucoup d’égards, le mérite de ces différens génies. S’il n’a pas leur maniere précise de peindre, d’émouvoir & de raisonner, ce qui ne constitueroit plus un homme grand par lui-même, il en a une très-heureuse, propre à lui seul, & qui rassemble souvent les beautés qu’on admire dans tous les autres.

Son éloquence n’est donc pas une vaine chaleur qui s’évapore à la réflexion. Cette chaleur au contraire unie à une maniere de raisonner pressante & forte, lorsque rien ne préoccupe