Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/292

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l’esprit de Rousseau, produit une éloquence vraiment solide, tantôt originale, noble & animée, le plus souvent persuasive & douce, mais toujours chere au cœur par l’extrême sensibilité, par cette sensibilité si vraie, si pénétrante qui anime tous ses ouvrages.

Ce qui est sur-tout à remarquer en faveur de Jean-Jaques, c’est qu’il n’a point abusé de l’art de penser & d’écrire. S’il s’est trompé, il n’a jamais trompé volontairement les hommes, & a toujours écrit de bonne soi. On ne peut pas non plus lui reprocher d’avoir souillé ses livres par tous ces traits libres & obscenes, indignes d’un être intelligent, & qui laissent après eux tôt ou tard de si longs remords.

Tous ses travaux ont été dirigés vers la moralité. Par-tout on voit qu’il s’occupe à rendre les humains plus religieux envers le ciel, plus parfaits entr’eux. Le travail est le plus grand précepte de sa morale ; il en fait avec raison la base de tout, jusques-là qu’il veut que chaque homme instruit d’un métier, puisse au besoin vivre du travail de ses mains. En effet, ce grand précepte enseigné par plusieurs législateurs, par l’Alcoran même, de la maniere la plus expresse, contient presque tous les devoirs & renferme presque tout le bonheur de l’homme, tandis qu’en lui seul gît toute la force & même la science bien entendue du gouvernement des Empires. Tantôt Rousseau s’applique à ranimer l’esprit & faire aimer les liens du mariage ; seul état sur la terre où l’on puisse assigner une place au bonheur. Alors il marque les devoirs des femmes, ceux des maris, ceux des enfans avec une raison si relevée & des images si touchantes, que l’art du bonheur de la vie