Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/361

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On sait comment il sortit de la maison qu’un Fermier-général & Madame sa femme lui avoient accordée au village de Montmorenci.

Accordée ! Qu’elle admirable exactitude d’expression ! On sait ! non, Monsieur, on ne sait pas, vous ne savez pas vous-même comment se passa la rupture dont vous parlez. Si vous le saviez, vous le diriez : la disette rend économe ; vous ne perdriez pas un moyen d’intéresser. On sait ! ne sembleroit-il pas que les procédés d’un particulier vis-à-vis d’un autre particulier, doivent faire un éclat qui pénétré par-tout ; que tout le monde ait sous sa main des Editeurs qui se chargent de publier une tracasserie de société ; (passe pour M. Hume) qu’il faille sur un semblable objet, renvoyer le public à ses propres connoissances, comme s’il s’agissoit d’un événement fort important pour lui ? On sait ! qui est-ce qui sait ce qu’il n’a pas vu ? Tant de petites considérations engagent à trahir la vérité, qu’il faut être bien hardi pour oser soutenir comme vrai, ce qu’on ne fait que par ouï-dire : sur-tout lorsqu’il s’agit de choses que leur nature condamne à l’obscurité. On ne sait point si Jean-Jaques a perdu les bonnes grâces d’un ménage bourgeois : mais on sait qu’il a obtenu la protection d’un grand Roi : on sait qu’il jouit de celle d’un Prince, aussi respectable par l’étendue de son génie, que par l’élévation de son rang : on sait qu’un Maréchal de France, aussi recommandable par la beauté de son ame, que par ses dignités est mort son ami. Voilà ce qu’on sait, parce qu’il est un ordre d’hommes dont la bienveillance a des effets remarquables.

Maison dans laquelle il étoit nourri, chauffé, éclairé à leurs