Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/416

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raisonnement, pas une comparaison, pas une erreur, pas une fiction, qu’aucun d’eux pût revendiquer : le génie de l’invention lui ayant été soumis, jusqu’au point de lui dicter l’histoire.

Un sophiste dangereux, qui n’a fait servir son artificieuse éloquence, qu’à en imposer à un sexe dont la sensibilité ouvre l’ame à toutes sortes de séductions : Prêtez, Monsieur, un oreille attentive, & un esprit docile, à l’importante vérité que je vais vous révéler. Toute la reconnoissance que les femmes portent à Jean-Jaques, (car quel homme seroit assez dupe pour imaginer lui en devoir ?) n’a aucun fondement réel ; la révolution qui paroît s’être faite depuis 1762, dans nos mœurs & dans nos usages, relativement à la premiere enfance, n’est qu’une pure illusion : on croit bonnement que, quand leurs forces répondent à leurs desirs, des femmes de toutes conditions allaitent leurs enfans ; que la tendresse maternelle qui veille sans relâche à leur sureté, rejettant les liens qui comprimoient leurs membres délicats ; gênoient leur liberté, déjà si bornée par leur foiblesse ; substituoient les convulsions la douleur, au sourire caressant que la nature cherche à placer sur leurs levres innocentes ; ces enfans en sont plus aimables, plus sains, plus robustes, & plus heureux.....Prestiges que tout cela. Tout va, à cet égard, comme tout alloit avant la publication d’Émile. Voilà, Monsieur, ce dont je ne doutois pas, avant d’avoir lu la flamboyante note qui a dissipé les fausses lueurs, dont la fantastique éloquence de Jean-Jaques avoit environné mon esprit. J’avoue donc hautement les prodigieuses obligations que j’ai aux HOMME DE BIEN,* &

[*Cette expression très-familiere à M. Diderot, m’a paru on ne peut pas plus propre à le désigner.]