Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/494

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Rousseau fut-il ingrat, quand il se déroba aux perfides empressemens de David Hume ?

Fut-il ingrat, quand ?.... Mais il n’est pas encore tems de dire par quel détestable manége on l’a puni, d’avoir porté la reconnoissance à l’excès. Que ceux que je ménage par respect, par attachement pour la mémoire d’un homme dont les vertus, & la personne me furent si cheres, tremblent de me provoquer à parler : qu’ils y prennent garde ; si leur conduite m’autorise à rompre le silence, ce sera pour les dévouer à l’exécration publique : je n’ai que trop de peine à me contenir, malgré l’importance des motifs qui m’engagent à me taire. Monsieur, quoique vous ayez pu faire pour nuire à Jean-Jaques, ce n’est pas à vous que j’adresse cette menace : mais je vous dis à vous, & à vos pareils, que, si ses Mémoires, cette pierre d’achoppement contre laquelle vous venez vous briser tous, déceloient un ingrat, M. Dorat (peut-être aussi digne de foi que MM. d’Alembert, & Muzell Stosch) n’auroit pas dit, au moment où il venoit d’en entendre la lecture : on n’a pas fait le moindre bien à l’Auteur, qui ne soit consacré dans son livre.*

[*Extrait du Journal de Paris du 9 Août 1778. N̊. 221.

Il y a sept ou huit ans, Messieurs, qu’après avoir entendu les Mémoires de J.J. Rousseau j’écrivis la lettre que je vous envoie, à une femme digne d’apprécier ce grand homme. Je ne sais par quel hasard je l’ai retrouvée imprimée dans un papier public. Je vous la fais passer telle que je l’ai écrite, & je vous prie de vouloir bien l’insérer dans le Journal de Paris.

J’ai l’honneur d’être, &c.

Signé DORAT.

À trois heures après minuit.

Je rentre chez moi, Madame, ivre de plaisir & d’admiration ; je comptois