Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/499

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


devoir si cher : car il faut bien aimer cet homme aussi extraordinairement persécuté, qu’extraordinaire, pour s’exposer en le défendant (même à l’abri de l’anonyme) au ressentiment de ses ennemis : ils sont si ardens dans leurs recherches ; si altérés de vengeance ; si hardis dans le choix des moyens de se la procurer !.... Cette observation seroit fondée ; il est bon de la prévenir. Je vous avouerai donc, Monsieur, quoique vous en puissiez conclure au désavantage de l’attitude que j’ai dans le monde, que l’Essai sur la musique ne m’est parvenu que le 10 juin. Avant cette époque, je connoissois, il est vrai, la complaisante lettre de l’idéal Chevalier ce Villeneuve, l’honnête réclamation de M. Brizard, & les très-prudentes réponses que vous leur avez faites. La premiere de ces lettres ne valoir qu’un geste ; j’ai fait ce geste en la lisant : je ne pouvois qu’applaudir à la seconde ; & j’ai pensé que, tant que vous vous en tiendrez à avancer qu’on ne doit pas faire grand cas des talens de Rousseau (en musique), ni en théorie, ai en pratique, & qu’on doit être révolté des véritables satires, & des sarcasmes indécens qui se trouvent dans le Dictionnaire de Rousseau contre notre grand Rameau, il falloit vous laisser dire, puisque ce Dictionnaire, qui est dans les mains de tout le monde, réfute ces deux propositions, plus victorieusement que je ne pourrois les réfuter. Cependant, puisque je fais les frais de vous écrire, en n’y répondant pas, j’aurois l’air d’y, acquiescer : j’y reviendrai donc quand il en sera tems.

Il s’agit à present de l’Essai sur la musique, qu’on ne m’a prêté (ne perdez pas cela de vue, Monsieur,) que le 10 juin. Il a fallu que je l’examinasse pour ne rien hasarder sur la soi