Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/53

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c’est que la nature nous ayant destinés à vivre en société, il falloit que nos qualités fussent inégales relativement à l’inégalité des places que nous devions occuper : les uns devoient naître pour les fonctions les plus basses de la société, afin que celles qui sont les plus relevées & les plus importantes pussent être remplies sans distraction : car si chacun eût cultivé son champ lui-même, quel tems seroit-il resté pour inventer les arts & les sciences, faire des loix & les maintenir en vigueur ? L’inégalité naturelle est la base de l’inégalité politique & civile nécessaire dans toute société.

Plus les sociétés sont foibles, plus il y a d’égalité entre ceux qui les composent ; ainsi l’inégalité est moindre entre des enfans qu’entre des hommes faits. Il est certain, que lorsqu’il n’y avoir point d’autre nature de biens que des fonds de terre, il convenoit qu’ils fussent partagés également ; ce n’étoit pas un rafinement de politique ni de philosophie, qui avoir fait imaginer ce partage aux premiers législateurs ; c’étoit tout simplement la nécessité qui les y avoir conduits.

Cette égalité n’étoit autre chose que le défaut de talens, d’arts, d’industrie, & de commerce ; elle sur détruite par des vices, elle l’aurore été tout de même par des vertus ; elle devoit être la premiere victime sacrifiée à la perfection du genre-humain ; l’égalité parfaite ne produisoit que des laboureurs & des soldats, & comme les hommes sont nécessairement avides de distinctions, ne pouvant en espérer d’ailleurs, ils en cherchaient à la guerre ; ainsi ces premieres sociétés se combattirent avec acharnement : c’étoit un état de guerre perpétuel. de tous centre tous,, c’est-à-dire, un état de calamités sans fin :