Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/54

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un ou plusieurs Etats s’agrandirent enfin par la destruction de plusieurs autres ; l’inégalité s’introduisit entr’eux, & par une suite nécessaire entre les membres qui les composoient ; dès-lors les hommes commencerent à être moins malheureux ; il n’y eut plus qu’une portion de ces grandes sociétés qui fut obligée de porter les armes ; il n’y eut plus que des frontieres qui souffrirent les horreurs de la guerre ; l’intérieur des Etats jouit d’une paix éternelle ; l’industrie & l’émulation naquirent de l’oisiveté, puisqu’il plaît à nos adversaires d’appeller de ce nom l’état des hommes, lorsque la patrie cessa de les occuper tous à la guerre ; les citoyens se diviserent en fonctions & en classes nouvelles ; les talens se connurent ; on vit éclore le commerce, les arts, les sciences ; le monde prit une face animée, brillante & heureuse ; l’inégalité seule enseigna aux hommes la légitime destination de leurs facultés naturelles ; elle leur apprit à se rendre heureux les uns par les autres ; elle devint enfin la source féconde de tous les biens dont nous jouissons.

Parmi tant de biens elle enfanta les richesses, cet éternel objet de la satire. À leur égard j’observerai d’abord qu’aucune constitution politique n’est exempte de tout inconvénient, & que la grande inégalité des biens étant l’inconvénient propre aux grands Etats, on doit la supporter en considération des avantages politiques, auxquels elle est essentiellement liée.

Le commerce du nouveau Monde & la détouverte de ses trésors ont été une source naturelle de la multiplication des richesse, & ont changé nécessairement le systême des mœurs à cet égard, sans qu’elles ayent pu le prévoir ni l’empêcher, & sans qu’elles ayent eu sujet de s’en offenser.