Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/616

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appelle une maniere d’écrire basse & respectueuse, il faut que ce M. D. L. B. soit un homme bien fier, ou bien scrupuleux pour être le seul en Israël qui n’ait jamais fléchi le genou devant l’idole. Peut-être aussi est-ce dans la contemplation, & dans l’admiration de ses quatre in-quarto qu’il s’est fâché contre Rousseau d’avoir loué Voltaire, qui n’a rien su produire de comparable à l’Essai sur la musique. Quoi qu’il en soit, cette bassesse de Rousseau tient si sort cœur à M. D. L. B., que peu content de la preuve du 10 Septembre 1755, il en produit une autre du 18 Août 1756 qu’il faut encore que je transcrive ici ; vous en verrez la raison, Madame.

“Je ne puis m’empêcher, Monsieur de remarquer à ce propos une opposition bien singuliere entre vous & moi, dans le sujet que je traite ici : Rassasié de gloire & désabusé des vaines grandeurs, vous vivez libre au sein de l’abondance ; bien sûr de l’immortalité, vous philosophez paisiblement sur la nature de l’ame ; & si le corps ou le cœur souffre vous avez Tronchin pour médecin & pour ami : vous ne trouvez pourtant que mal sur la terre. Et moi, obscur, pauvre & tourmenté d’un mal sans remede, je médite avec plaisir dans ma retraite, & je trouve que tout est bien. D’où viennent ces contradictions apparentes ? Vous l’avez vous-même expliqué ; vous jouissez, moi j’espere, & l’espérance embellit tout.

J’ai autant de peine à quitter cette ennuyeuse lettre que vous en aurez à l’achever. Pardonnez -moi grand-homme, un zele peut-être indiscret, mais qui ne s’épancheroit pas avec vous si je vous estimois moins. À Dieu ne plaise que