Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/81

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Tels sont les biens que l’ignorance n’a pas connus & dont nous jouissons : mais je dirai plus ; quand toutes les hyperboles de nos adversaires seraient vraies, dès qu’une fois les sciences existent, dès qu’il est prouvé, comme il l’est en effet, qu’elles ne peuvent pas ne pas exister, par le progrès nécessaire des choses politiques, par nos besoins naturels, & par la nature même de l’esprit humain, nous devrions abjurer une satire inutile, injurieuse à l’Auteur de notre être, uniquement propre à nous avilir, & plus funeste mille fois aux mœurs que les vices qu’on nous suppose, par le découragement où elle jetteroit toutes les ames : il y aurore de la cruauté à nous reprocher la grandeur de nos maux, en traitant de fou quiconque entreprendroit de les guérir ; l’humanité doit indiquer les remèdes en même tems que le mal.

J’ai fait voir combien ces remèdes étoient possibles & faciles. Encourager les connoissances utiles, veiller sur les abus des autres, voilà notre devoir la société la plus parfaite sera celle où les sciences & les arts seront le plus cultivés sans nuire : aux mœurs, à l’obéissance, au courage, à tout ce qui sert à la constitution de la Patrie, & à son bien être.*

[* Ce Discours étoit fini, lorsque la Préface que M. Rousseau a mise à la tête de sa comédie intitulée l’Amant de lui-même, est tombée entre mes mains : l’Auteur y releve très-bien quelques abus de la philosophie & des lettres, & je suis le premier à souscrire à bien des égards à sa censure ; mais comme la plupart de ces abus sont très-rares, que tous sont exagérés, & qu’il n’y en a aucuns qui soient universels ou nécessaires, il s’ensuit seulement que, pour être philosophe ou savant, on n’est pas par-là même nécessairement exempt de tout vice & de toute passion ; proposition que personne n’a contestée & ne contestera jamais : toutes ces objections ont d’ailleurs été refutées & prevenues dans le Discours qu’on vient de lire.