Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/96

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ce que vous en dites : mais le monde est malin, & vous avez, & vous vous faites bien des ennemis.

Vous aimez à vous personnifier ; d’autres diroient à faire, à être un personnage. A quoi bon parler d’un vertueux citoyen de qui vous avec reçu le jour ? Il n’y a qu’un Prince ou un Seigneur enfin à qui il fût permis de braver ainsi l’inégalité des conditions. Un homme comme vous dans l’aveu fastueux de la médiocrité de sa condition, ne peut par l’égalité à quoi, il aspire, que révolter ses supérieurs qu’il veut ouvertement rabaisser jusqu’à lui. Vous savez, vous voyez les façons politiques, économiques, civiles & polies dont on vit en France, avec quelle décence les rangs y sont réglés, les conditions étiquetées, combien par le droit de leur naissance, de leurs, dignités, de leurs richesses les grands y vivent au-dessus des petits, sans orgueil même & sans injustice, & combien les petits sans bassesse, mais non sans modestie, y sont respectueux envers les grands.

D’ailleurs, vos maximes républicaines ne vont pas à nos mœurs. Je doute qu’à Geneve on osât dans le bas étage dont vous vous glorifiez, braver en face, de graves & respectables Magistrats que vous êtes obligé, en titre, de traiter de souverains Seigneurs, & qui le sont en effet. Vous nous feriez soupçonner que vous avez été forcé de sortir de votre patrie, par votre humeur intolérante, qui se faisoit bien mieux remarquer, donnoit sans doute plus d’ombrage & devenoit plus personnelle pour les particuliers, dans un petit Etat comme celui-là, où l’on se voit & où l’on se mesure de près : au lieu qu’ici vous vous perdez dans l’immensité d’une grande nation,