Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/202

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à favoriser l’ordre moral qu’elle trouble si souvent ! Les climats, les saisons, les sons, les couleurs, l’obscurité, la lumière, les éléments, les aliments, le bruit, le silence, le mouvement, le repos, tout agit sur notre machine & sur notre ame par conséquent ; tout nous offre mille prises presque assurées, pour gouverner dans leur origine les sentimens dont nous nous laissons dominer. Telle étoit l’idée fondamentale dont j’avois déjà jetté l’esquisse sur le papier & dont j’espérois un effet d’autant plus sûr pour les gens bien nés, qui, aimant sincèrement la vertu, se défient de leur faiblesse, qu’il me paroissoit aisé d’en faire un livre agréable à lire, comme il l’étoit à composer. J’ai cependant bien peu travaillé à cet ouvrage, dont le titre étoit la Morale sensitive, ou le matérialisme du sage. Des distractions, dont on apprendra bientôt la cause m’empêchèrent de m’en occuper & l’on saura aussi quel fut le sort de mon esquisse, qui tient au mien de plus près qu’il ne sembleroit.

Outre tout cela, je méditois depuis quelque tems un système d’éducation, dont Mde. de C

[henonceau] x, que celle de son mari faisoit trembler pour son fils, m’avoit prié de m’occuper. L’autorité de l’amitié faisoit que cet objet quoique moins de mon goût en lui-même, me tenoit au cœur plus que tous les autres. Aussi de tous les sujets dont je viens de parler, celui-là est-il le seul que j’aye conduit à sa fin. Celle que je m’étois proposée en y travaillant méritoit, ce me semble, à l’auteur, une autre destinée. Mais n’anticipons pas ici sur ce triste sujet. Je ne serai que trop forcé d’en parler dans la suite de cet écrit.