Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/333

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sur-tout avec M. D’] Epina] y. En quittant l’Hermitage, je lui avois écrit une lettre de remerciement très honnête, à laquelle il répondit non moins honnêtement ; & les attentions mutuelles ne cessèrent point tant avec lui qu’avec M. de L

[alive] son frère, qui même vint me voir à Montmorenci, & m’envoya ses gravures. Hors les deux belles-sœurs de Mde. d’H[...], je n’ai jamais été mal avec personne de sa famille.

Ma lettre à d’Alembert eut un grand succès. Tous mes ouvrages en avoient eu, mais celui-ci me fut plus favorable. Il apprit au public à se défier des insinuations de la coterie H[...]e. Quand j’allai à l’Hermitage, elle prédit, avec sa suffisance ordinaire, que je n’y tiendrois pas trois mois. Quand elle vit que j’y en avois tenu vingt, & que, forcé d’en sortir, je fixois encore ma demeure à la campagne, elle soutint que c’étoit obstination pure ; que je m’ennuyois à la mort dans ma retraite ; mais que, rongé d’orgueil, j’aimois mieux y périr victime de mon opiniâtreté, que de m’en dédire & revenir à Paris. La lettre à d’Alembert respiroit une douceur d’âme qu’on sentoit n’être point jouée. Si j’eusse été rongé d’humeur dans ma retraite, mon ton s’en seroit senti. Il en régnoit dans tous les écrits que j’avois faits à Paris : il n’en régnoit plus dans le premier que j’avois fait à la campagne. Pour ceux qui savent observer, cette remarque étoit décisive. On vit que j’étois rentré dans mon élément.

Cependant ce même ouvrage, tout plein de douceur qu’il étoit, me fit encore, par ma balourdise & par mon malheur ordinaire, un nouvel ennemi parmi les gens de lettres. J’avois