Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/188

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que celle de quelques vrais pères de la patrie, pour tempérer le sentiment de ma misère, dans un concours de calamités que je n’ai jamais dû prévoir : la noble fermeté de M. Jalabert ne me surprend point. J’ose croire que son sentiment étoit le plus honorable au Conseil ainsi que le plus équitable ; & pour cela même je lui suis encore plus obligé du courage avec lequel il l’a soutenu. C’est bien des philosophes qui lui ressemblent qu’on peut dire, que s’ils gouvernoient les états, les peuples seroient heureux.

Je suis aussi fâché que touché de la démarche des citoyens dont vous me parlez. Ils ont cru dans cette affaire, avoir leurs propres droits à défendre, sans voir qu’ils me faisoient beaucoup de mal. Toutefois si cette démarche s’est faite avec la décence & le respect convenables, je la trouve plus nuisible que répréhensible. Ce qu’il y a de très-sûr, c’est que je ne l’ai ni sue ni approuvée, non plus que la requête de ma famille, quoiqu’à dire le vrai, le refus qu’elle a produit soit surprenant ; & peut-être inoui.

Plus je pèse toutes les considérations, plus je me confirme dans la résolution de garder le plus parfait silence. Car enfin que pourrois-je dire sans renouveler le crime de Cam ? Je me tairai, cher M.....u, mais mon livre parlera pour moi ; chacun y doit voir avec évidence que l’on m’a jugé sans m’avoir lu.

Non - seulement j’attendrai le mois de Septembre avant d’aller à Genève, mais je ne trouve pas même ce voyage fort nécessaire, depuis que le Conseil lui-même désavoue le décret, & je ne suis guère en état d’aller faire pareille